Quelques conseils de lecture sur la ville, l’IA et la “Smart City”

Voici cinq conseils de lecture sur la ville, l’IA et la “Smart City”. Cinq lectures qui font parties des livres qui m’ont accompagné pendant mon tour du monde et qui ont changé ma vision des villes :

Smart Cities, Smart Future : Showcasing Tomorrow (2018), Mike Barlow et Cornelia Levy-Bencheton

La “Smart City” est un mythe comme l’ont été l’Atlantide et l’Eldorado. Or un mythe n’est pas à prendre au pied de la lettre mais pour ce qu’il nous raconte d’une civilisation. Alors que nous dit la “Smart City” de notre époque ? A partir de cette question, Mike Barlow et Cornelia Levy-Bencheton analyse les promesses, écueils et enjeux de la “Smart City” (avec un focus Europe/Amérique du Nord). A cela s’ajoute une préface passionnante de Di-Ann Eisnor. Ancienne Director of Growth de Waze et Directrice de l’Area 120 (l’incubateur de Google), elle nous y explique comment la technologie peut nous aider à créer des villes “conscientes d’elles mêmes”. Une préface optimiste mais pas naïve qui s’inscrit dans la lignée de Smart Cities Smart Future.

Pour compléter : The Smart Enough City (2019), Ben Green

 

Social Physics (2014), Alex Pentland

L’idée de la “physique sociale” remonte au XVIIIe siècle. Alors qu’égermait la physique newtonienne et, avec, la possibilité de prévoir la trajectoire des corps, Montesquieu s’interrogeait sur la possibilité de transposer cette logique à la société : serait-il possible de prévoir les mouvements d’un corps social pourvu que l’on en connaisse les lois et qu’on dispose de suffisamment d’informations (climatiques, psychologiques, juridiques,…) ? Trois siècles plus tard, Alex Pentland nous explique comment le Big Data et l’IA réalisent cette ambition. Le PIB d’une ville, la gentrification d’un quartier ou encore une épidémie sont autant de phénomènes qui peuvent être anticipées par une IA bien entraînée. Mieux (ou pire), il est possible de favoriser l’émergence (ou l’extinction) de certaines idées… Alex Pentland fonde ainsi une discipline qui va (et a déjà) changer le monde et qui appelle à une réflexion éthique sur l’usage de la donnée.

Pour compléter : Un interview avec Alex Pentland sur l’IA et la physique sociale

 

The City of Tomorrow : Sensors, Networks, Hackers and the Future of Urban Life (2016), Carlo Ratti et Matthew Claudel

Depuis les années 2000, un nouveau matériau est apparu dans l’espace urbain : le “Bit“. C’est sur ce constat que s’ouvre The City of Tomorrow. Au travers d’une investigation organisée par verticales (la mobilité, la bâtiment,…), Carlo Ratti et Matthew Claudel explorent comment le digital est sur le point de transformer nos vi(ll)es. On y retrouve ainsi de nombreuses idées qui façonnent le futur des villes. Entre autres : le MaaS, l’utilisation de smartphones comme infrastructures  et la création d’expériences utilisateurs hyper-personnalisées dans les bâtiments.

Pour compléter : Inventing Future Cities (2018), Michael Batty

 

Building and Dwelling : Ethics for the City (2018), Richard Sennett

Le livre raconte l’histoire d’un affrontement qui a modelé nos villes. Celui qui oppose la “Cité” à la “Ville”. D’un côté le citoyen et la quête de l’individu, de l’autre la “bâti” et la recherche de l’universel. De l’Athènes de la Grèce Antique à l’Ultra-connecté Songdo en passant par le Barcelone de Cerdà, Richard Sennett explique avec pédagogie les enjeux de cette opposition. Éloge de la complexité urbaine et des villes imparfaites (car non-finies, infinies), Building and Dwelling est un livre formidable pour qui veut s’initier aux problèmes urbains.

Pour compléter : Walkscapes, la marche comme pratique esthétique (2013), Francesco Careri

 

Les villes invisibles (1972), Italo Calvino

C’est le premier livre que j’ai lu pour préparer mon projet. Dans cet ouvrage, l’Empereur Kublai Khan demande à Marco Polo d’explorer son vaste royaume et de lui rapporter ce qu’il s’y passe. A la grande surprise du régent, l’explorateur ne revient pas de ses voyages avec des armes, des épices ou des reliques mais chargé de mots, de rêves et de désir. Mieux que n’importe quel autre ambassadeur, Marco Polo révèle à son empereur ce qu’est son royaume. A partir d’un détail (un pécheur, un moulin, une rue…) l’explorateur déploie une ontologie des villes. On pourrait dire qu’il capte leur atmosphère, leur idiosyncrasie. Autrement dit, Marco Polo ramène de ses expéditions des « villes invisibles ». Italo Calvino nous livre ainsi un double récit : la recherche de ces villes invisibles et une quête des mots pour raconter ces villes à l’Empereur (et au lecteur). Réflexion sur l’urbain, le langage et l’écriture, Les villes invisibles a marqué le projet Smart World a bien des égards. Au fil de mes voyages, il m’est arrivé de me sentir être un “Marco Polo de l’IA urbaine” et de croiser, à mon tour, des villes invisibles.

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